10 décembre 2015

Interview des 4 Rennes... oups... des 4 auteurs !

 
Questions aux auteurs :
  • Vous attaquer au Père Noël ! C’est du propre ! Vous avez tous des souvenirs d’enfance si douloureux qu’il vous fallait vous en prendre au mythe intouchable ? Vous arrivez à rafraîchir le propos sans dépasser les bornes, mais plus sérieusement, à l’écriture, il a fallu vous autocensurer ?
Olivier Tichit : Les scénaristes n'oseront peut-être pas le mentionner, mais ce récit n'est pas une fiction. Benjamin et Baba ont longuement échangé par mail avec le Père Noël et ses Rennes durant la phase d'écriture. Il s'est effectivement produit cet enlèvement et, heureusement que les 4 Rennes ont su prendre les choses en main, sans quoi, c'en était fini des cadeaux de Noël. De ce fait je ne pense pas qu'il y ait eu de censure particulière. Par contre il se peut que Benjamin et Baba aient pris quelques libertés afin de rendre la narration plus fluide ou sauter certaines étapes moins riches en action.
Je répète juste ce qu'ils m'ont dit quand ils m'ont demandé si je voulais dessiner cette histoire. 
Je regrette toujours qu'ils n'aient pas voulu me donner le mail perso du Père Noël car j'avais pas mal de demandes à lui faire cette année.

Benjamin G : Un souvenir d’enfance douloureux !? bien au contraire, Je n’ai fais que rétablir la vérité, Pour être honnête avec vous le Père Noël est un ami de longue date et j'ai voulu raconter son histoire, avec son autorisation bien entendu, qui est basée sur des faits réels.

Baba : C'est justement parce que j'aime Noël et que j'en ai que des bons souvenirs que cette histoire m'intéressait et l'aborder par le biais des rennes comme l'a proposé Benjamin est une bonne idée. Il faut savoir que ce sont les vrais noms des rennes mais ce n'est pas l'aspect le plus connu de l'histoire du père Noël et c'est dommage. Nous avons enfin apporté un éclairage nouveau et très fidèle de ce qu'il se passe au Pôle Nord et ce n'est pas rose tous les jours, croyez-moi !


 
  • Comment se passe l’écriture à 4 mains ?
Baba : C'est Benjamin l'initiateur du projet, il apporte la trame avec un début, un milieu et une fin et moi je bouche les trous en apportant de la cohérence, mon humour indiscutable et mes dialogues d'une efficacité hors du commun. Je fais tout en fait. J'aurais même pu le dessiner et le mettre en couleurs mais pris de pitié, j'ai voulu donner leur chance à Olivier et Damien, notre coloriste.

Benjamin G : Nous sommes une équipe qui déchire, chacun connaît parfaitement son rôle. J’écris l’histoire, je fais le découpage des planches. J’envoie le tous à Baba, on en discute, on apporte des modifications si besoin et Baba travaille les dialogues.
Ensuite c’est là qu’Olivier intervient. Nous échangeons beaucoup et le fait d’être à plusieurs donne une autre dimension à l’histoire car chacun apporte sa petite touche personnelle.
  
Olivier : Très bien et très simplement. Je reçois les pages scénarisées au fur et à mesure et, bien que connaissant les grandes lignes de l'histoire, j'ai eu l'impression de la redécouvrir au fur et à mesure. C'est très intéressant comme façon d'avancer car je peux plus facilement me placer en tant que lecteur. Et Damien vient ensuite rajouter sa touche colorée finale.
A chaque étape on discute beaucoup pour vérifier que tout fonctionne bien et qu'on aime bien tous le rendu final.
J'ai toujours préféré le travail à plusieurs. Les échanges permettent de rebondir sur certaines idées pour en trouver d'autres encore mieux.
 
 
  • Le père Noël, des rennes qui parlent, des extra-terrestres et une Mère Noël en maillot, vous aviez une dent contre votre dessinateur ?
Benjamin : Vous rigolez, nous avons été trop sympa avec lui, nous aurions dû mettre les 8 Rennes.
Comme je vous le disais plus haut, ce n’est pas une fiction tous est bien réel mais je pense que bien au contraire Olivier s'’est éclaté. Pour la Mère Noël, moi je ne suis pour rien là-dedans… j’attends de voir la réaction de Maman Noël lorsqu’elle va découvrir l’album !!

Baba : Il l'a beaucoup ramenée avec sa tablette numérique qui, soit disant, lui permettait de tout dessiner les doigts dans le nez. Comme on trouvait sale de dessiner avec les doigts dans le nez et qu'il commençait à bien nous énerver, on lui a lancé un maximum de défis graphiques qu'il a relevé avec, ma foi, pas mal de brio mais il a montré ses limites quand il a fallu dessiner la mère Noël que j'ai dû réaliser moi-même, sur du papier avec un crayon, technique archaïque qui a toutefois fait ses preuves.

Photo: Le dessinateur Tichit

Olivier : Merci de t'en rendre compte !! Ils sont si durs avec moi ! Plus sérieusement, une histoire comme ça, c'est du pain béni pour un dessinateur. Impossible de s'ennuyer. Par contre, c'est Baba qui s'est autorisé certaines libertés avec la Mère Noël. Je ne me serais jamais permis.
 
 
  • Olivier, vous avez pris peur en lisant le scénario ? (rires)
Olivier : Même pas. J'ai bien rigolé et je me suis tout de suite vu le dessiner.
Bon, par contre, ça aurait été carrément plus simple si la série s'était appelée "Le 1 Renne". J'aurais pu avancer beaucoup plus vite... 
 
Baba : Il ne vous le dira pas mais il a pleuré.

 
  • Pouvez-vous nous parler des contraintes du dessin pour la BD d’humour ? Et du processus de dessin pour cet album en particulier ?
Baba : C'est une question pour Olivier mais il m'a demandé conseil à chaque case. Il m'admire énormément, c'est flatteur mais parfois c'est
fatiguant.

Olivier : Alors, ma vision personnelle est que, dans le dessin d'humour, il faut que le dessin soit compréhensible très facilement. Si le lecteur bute trop longtemps sur certaines cases car elles sont trop touffues ou mal agencées, cela casse le rythme de lecture et donc l'effet humoristique tombe vite à plat. Cela ne veut pas dire que le dessin doit être pauvre mais il doit être pensé en vue de cette fluidité de lecture.
La partie que j'adore, et sur laquelle je peux passer énormément de temps, est la recherche graphique pour donner aux différents personnages et décors leur look ou style. J'essaie de trouver les éléments qui sont indispensables pour qu'on identifie bien tout : les rennes par exemple doivent avoir des caractéristiques pour que le lecteur les identifie immédiatement en tant que tels, mais en prenant d'énormes libertés pour en faire des personnages uniques et qui sont dans le ton de l'histoire. Damien a eu l'idée de faire Tonnerre avec un pelage bleuté et ça fonctionne toujours. C'est magique !!
Et ensuite il faut trouver les bonnes attitudes à donner. Il ne faut pas hésiter à exagérer les choses, encore une fois pour servir l'histoire, et pour rajouter une seconde couche à l'humour déjà présent dans la narration.
Pffffiou, je parle super sérieux, là !!
En bref, c'est un style sur lequel j'adore travailler. Et avec Benjamin, Baba et Damien, on a vraiment bien rigolé pendant la réalisation de cet album, ce qui ne gâche rien.